Un appel, un numéro qui affiche celui de votre banque, une voix posée qui évoque une « opération suspecte » sur votre compte. Quelques minutes plus tard, plusieurs milliers d’euros ont quitté votre compte, virés vers un inconnu. L’arnaque au faux conseiller bancaire a coûté 516 millions d’euros aux Français en 2025, selon l’Observatoire de la sécurité des moyens de paiement (OSMP), soit une hausse de 34 % en un an. Derrière ces chiffres, des victimes se battent parfois pendant des mois pour obtenir un remboursement.
Une arnaque qui explose depuis 2025
La fraude par manipulation, dont le faux conseiller bancaire constitue le scénario le plus répandu, a progressé plus vite que toute autre catégorie de fraude bancaire en France. Les chiffres publiés par l’OSMP à l’été 2026 montrent une accélération nette, portée par les virements réalisés depuis les applications de banque en ligne.
Quels montants sont en jeu ?
Les fraudes par manipulation représentaient 41,6 % du montant total de la fraude bancaire en France en 2025, contre 32,1 % l’année précédente. Les virements frauduleux validés par les victimes elles-mêmes sont passés de 244 millions d’euros en 2024 à 376 millions d’euros en 2025.
| Année | Montant fraudé par manipulation | Part de la fraude totale |
|---|---|---|
| 2021 | 269 M€ | 21,6 % |
| 2022 | 340 M€ | 28,5 % |
| 2023 | 379 M€ | 31,7 % |
| 2024 | 384 M€ | 32,1 % |
| 2025 | 516 M€ | 41,6 % |
Source : Observatoire de la sécurité des moyens de paiement, rapport annuel 2025 (publié en septembre 2026).
Combien perd en moyenne une victime ?
Le préjudice moyen par virement frauduleux tourne autour de 3 000 euros, un montant qui grimpe fortement lorsque les escrocs parviennent à obtenir plusieurs validations successives dans la même conversation téléphonique. Certains dossiers relayés par la presse dépassent les 20 000 euros, notamment quand la victime dispose d’une épargne accessible depuis son application bancaire.

Pourquoi les escrocs semblent-ils tout savoir de vous ?
France 3 a recueilli le récit d’une femme escroquée de 25 000 euros par un faux conseiller. Elle raconte un scénario bien rodé : un correspondant qui connaît son nom, son agence, parfois même le solde approximatif de son compte. Cette maîtrise des détails personnels rassure la victime et abaisse sa vigilance, un ressort psychologique que les enquêteurs retrouvent dans la quasi-totalité des dossiers.
D’où viennent les données utilisées par les escrocs ?
Cette apparente omniscience n’a rien de magique. Les données utilisées proviennent le plus souvent de fuites antérieures : bases clients piratées chez des enseignes ou des organismes tiers, hameçonnage préalable par SMS (le smishing), logiciel espion installé sur un appareil mal protégé, ou revente de fichiers sur des forums spécialisés. Un antivirus à jour réduit ce premier risque technique, même s’il ne protège jamais contre la manipulation qui suit. Une fois en possession d’un numéro de téléphone, d’un nom et d’une banque, l’escroc n’a plus qu’à composer un numéro usurpé grâce au spoofing pour donner à l’appel une apparence légitime.
Le spoofing rend-il l’appel indétectable ?
Le numéro affiché à l’écran peut être identique à celui figurant au dos de votre carte bancaire, sans que l’appel provienne réellement de votre établissement. Cybermalveillance.gouv.fr rappelle qu’aucun conseiller bancaire légitime ne demandera jamais un code reçu par SMS, un code de carte bancaire ou une validation d’opération par téléphone. Un doute, même léger, justifie de raccrocher et de rappeler la banque via le numéro inscrit sur son propre contrat.
Les bons réflexes dans les minutes qui suivent la fraude
La rapidité de réaction conditionne largement les chances de récupérer les fonds. Les premières heures après une manipulation sont déterminantes, avant que l’argent ne transite vers d’autres comptes ou ne soit retiré.
- Faire opposition immédiatement sur la carte et bloquer les moyens de paiement compromis
- Changer sans délai le mot de passe de l’espace bancaire en ligne et de l’application mobile
- Contacter le service fraude de sa banque par téléphone puis confirmer par écrit
- Conserver toutes les preuves : relevé d’appel, SMS, captures d’écran des virements, éventuels enregistrements
- Ne pas donner suite à un second appel qui proposerait une « récupération » des fonds contre paiement, un schéma fréquent de sur-arnaque
Comment porter plainte après une arnaque au faux conseiller ?
Le dépôt de plainte constitue une étape obligatoire pour faire valoir ses droits, tant auprès de la banque que d’un éventuel médiateur ou tribunal. Deux dispositifs numériques accompagnent désormais les victimes avant même le déplacement en commissariat.
Que faire sur la plateforme THESEE ?
THESEE (Traitement Harmonisé des Enquêtes et Signalements pour les Escroqueries et Extorsions) permet de déposer une pré-plainte en ligne pour toute escroquerie commise sur internet ou par téléphone, sans se déplacer physiquement. La déclaration est ensuite transmise à un service d’enquête compétent, qui peut convoquer la victime pour signature du procès-verbal. Le service est accessible depuis le site du ministère de l’Intérieur.
À quoi sert la ligne Info Escroqueries ?
Le numéro national Info Escroqueries, joignable au 0 805 805 817 du lundi au vendredi, offre une écoute gratuite et des conseils personnalisés sur les démarches à engager. Cette ligne, animée par des policiers et gendarmes spécialisés, oriente aussi vers les bons interlocuteurs selon le type de fraude subie.
Obtenir un remboursement auprès de sa banque
Le principe légal reste favorable aux victimes : un établissement bancaire doit rembourser une opération non autorisée, sauf à démontrer une négligence grave de son client. Ce principe, issu du droit européen des services de paiement, sert de fondement à la majorité des recours.
La banque peut-elle refuser de rembourser ?
Les établissements invoquent fréquemment une « négligence grave » du client pour refuser tout remboursement, dès lors que la victime a elle-même validé le virement dans son application. Cet argument a pourtant été fragilisé par la jurisprudence récente. La Cour de cassation, dans un arrêt du 23 octobre 2024, puis la cour d’appel de Paris le 22 mai 2025, ont rappelé que la simple utilisation de l’instrument de paiement par la victime ne suffit pas à prouver une autorisation valable ni une négligence grave. C’est à la banque d’apporter la preuve du manquement du client, et non l’inverse.
Quel rôle joue le médiateur bancaire ?
Lorsque la banque maintient son refus après réclamation écrite, la saisine du médiateur bancaire constitue une étape gratuite et obligatoire avant toute action en justice. Le médiateur rend un avis, non contraignant sur le plan juridique, dans un délai de 90 jours. Dans la pratique, les établissements suivent la plupart de ces avis pour éviter un contentieux devant le tribunal judiciaire.
| Étape | Interlocuteur | Délai indicatif |
|---|---|---|
| Opposition et signalement | Service fraude de la banque | Immédiat |
| Réclamation écrite | Banque (service client) | Dans les 13 mois suivant l’opération |
| Dépôt de plainte | THESEE ou commissariat/gendarmerie | Dès que possible |
| Médiation | Médiateur bancaire | Réponse sous 90 jours |
| Recours judiciaire | Tribunal judiciaire | Après échec de la médiation |
Limiter le risque d’être ciblé
Réduire l’exposition à ce type d’appel suppose d’agir en amont, avant même de décrocher un téléphone suspect. La vigilance individuelle reste la meilleure protection face à des scénarios toujours plus élaborés.
Comment vérifier l’identité d’un appelant qui se dit conseiller ?
Raccrocher puis rappeler soi-même sa banque via le numéro inscrit sur sa carte ou son contrat reste la parade la plus fiable, même quand le numéro affiché semble authentique. Aucune urgence, aussi pressante soit-elle formulée par l’interlocuteur, ne justifie de communiquer un code de sécurité par téléphone.
Quels réflexes adopter au quotidien ?
- Activer les alertes SMS ou notifications pour chaque opération sur son compte
- Ne jamais cliquer sur un lien reçu par SMS prétendant venir de la banque
- Vérifier régulièrement si ses données ont fuité via des outils de surveillance d’identité
- Paramétrer des plafonds de virement bas sur son application bancaire
- Signaler tout appel suspect à son entourage âgé, souvent davantage ciblé par ces scénarios
Questions fréquentes sur le remboursement après une arnaque au faux conseiller bancaire
La banque doit-elle rembourser une opération validée par la victime elle-même ?
Oui dans la plupart des cas : la jurisprudence récente rappelle que la simple validation de l’opération par la victime ne suffit pas à prouver une négligence grave, dont la preuve incombe à la banque.
Combien de temps a-t-on pour contester une opération frauduleuse ?
La réclamation écrite doit être adressée à la banque dans les 13 mois suivant l’opération litigieuse, sous peine d’irrecevabilité.
Comment porter plainte après une arnaque au faux conseiller bancaire ?
Via la plateforme THESEE pour une pré-plainte en ligne, ou en se déplaçant en commissariat ou en gendarmerie ; la ligne Info Escroqueries au 0 805 805 817 oriente aussi les victimes.
Que faire si la banque refuse le remboursement après réclamation ?
Saisir le médiateur bancaire, une étape gratuite et obligatoire avant toute action en justice, qui rend un avis sous 90 jours généralement suivi par les établissements.


